Déclaration de l’Association Nigérienne de Lutte contre la Corruption-section de Transparency International sur trafic illicite de l’or au Niger

Réuni en session extraordinaire ce mercredi 17 janvier 2024 à l’effet d’examiner l’affaire or de l’aéroport de Niamey, le Conseil Exécutif National de l’Association Nigérienne de Lutte contre la Corruption – section de Transparency International (CEN/ANLC/TI-Niger) rend publique la déclaration suivante.

Le CEN/ANLC/TI-Niger a appris avec stupéfaction que des activités de commercialisation frauduleuse de l’Or sont dévoilées. Selon nos sources, il s’agit d’une affaire de trafic illicite d’une importante quantité de l’or estimée à plusieurs milliards de Francs CFA. Cette affaire révèle des pratiques corruptives à grande échelle dans la chaine de gestion des autorisations d’exploitation et de commercialisation des ressources aurifères. Des informations ont fuité à partir du constat de changement des agents de sécurité aéroportuaires de Niamey intervenu au cours de la première semaine du mois de janvier.

L’opinion publique se posait des questions sur les propriétaires réels de ces lingots d’or qui sont la source de ce scandale. Qu’est-ce qui peut bien justifier l’absence d’une communication officielle autour de cette affaire ? Seulement, sans avoir de réponses aux multiples interrogations suscitées par l’Affaire Or de l’aéroport de Niamey, on apprend encore la saisie de 1 400 Kg d’Or dont la valeur est estimée à près de soixante (60) milliards de Francs CFA à l’aéroport d’Addis-Abeba en provenance du Niger.

Transparency International Niger n’est pas surpris par cette affaire. En effet, l’analyse des données de l’exportation de l’or du Niger en direction de Dubaï (Emirats Arabes Unis) révèle plusieurs incohérences. Selon l’Étude de Cadrage sur l’amélioration de la prise en compte du secteur minier artisanal et de petite échelle de l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE-Niger) réalisée en novembre 2022, « le Niger a exporté officiellement 235,6 kg d’or pour une valeur de 9,7 millions d’Euros », alors que des investigations à partir de Dubaï montrent que « les Émirats Arabes Unis ont réellement importé 11,8 tonnes d’or d’une valeur de 457 millions d’Euros en provenance du Niger. Les exportations réelles d’or du Niger en direction de Dubaï (Emirats Arabes Unis) ont atteint jusqu’à 34,26 tonnes pour une valeur totale de 1 743,5 millions Dollars américains en 2020 tandis que seulement 18,2 tonnes » ont été déclarées au ministère des mines au cours de la même année. Cette différence de 16,06 tonnes entre la quantité d’or réellement déclarée et la quantité ayant quitté le Niger justifie que nous sommes au cœur de la grande corruption qui se manifeste notamment par le commerce illicite de l’or et/ou la commercialisation de l’or illicite.

L’on se rappelle qu’en 2019, l’ONG International Crisis Group (ICG), affirmait dans un rapport que les djihadistes et les autres groupes armés, profitant de la défaillance des États, avaient trouvé dans les mines d’or du sahel une nouvelle source de revenus.

Déjà, depuis 2016, International Crisis Group (ICG), tire la sonnette d’alarme sur cette question d’exploitation artisanale de l’or au sahel qui met en mouvement un trafic frauduleux et criminel de cette matière minière. En effet, selon ICG, au Burkina Faso, au Mali et au Niger « les groupes armés s’emparent des sites d’orpaillage dans des zones où l’État est faible ou absent. Leur convoitise est attisée par le boom du secteur aurifère artisanal depuis la découverte, en 2012, d’un filon saharien. »

De plus, en novembre 2023, un rapport de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC) avait souligné le lien qui existe entre le financement des conflits et l’exploitation incontrôlée de la manne aurifère. C’est ainsi que l’ONUDC concluait que : « la ruée vers l’or constitue une nouvelle manne financière et des opportunités de recrutement pour les groupes armés, y compris des groupes qualifiés d’extrémistes violents. » Cette situation s’applique au Burkina Faso, au Mali et au Niger.

Au regard de ce qui précède, l’ANLC-TI/Niger :

  1. Dénonce et condamne les pratiques corruptives savamment entretenues dans la chaine d’exploitation artisanale et de commercialisation des ressources aurifères du Niger ;
  2. Condamne le flou artistique que les autorités actuelles continuent de maintenir autour de cette affaire de l’or de l’aéroport ;
  3. Demande aux pouvoirs publics de mettre un mécanisme rigoureux et transparent de contrôle de l’exploitation artisanale et de la commercialisation de l’or du Niger ;
  4. Demande que toute la lumière soit faite sur cette affaire et toutes les autres affaires de malversations, de fraudes, de corruption, etc. et d’engager des poursuites judiciaires pour sanctionner les responsables de ce trafic illicite des ressources aurifères ;
  5. Encourage la presse nigérienne à continuer d’investiguer sur toutes les affaires de corruption notamment sur le trafic illicite de l’or, un minerais objet de toutes les convoitises ;
  6. En tout état de cause, Transparency International Niger se donnera les moyens, en partenariat avec les autres sections sœurs du mouvement Transparency International, pour investiguer sur les affaires de grande corruption impliquant le Niger, notamment celles relatives à la commercialisation de l’or.

Fait à Niamey le 18 Janvier 2024

                                                                                                            Pour le CEN/ANLC/TI Niger

                                                                                                                        Maman WADA

Comments

  1. Parfait

  2. […] contre la Corruption – section de Transparency International (CEN/ANLC/TI-Niger) a rendu publique une déclaration sur la saisie de 1 400 Kg d’or dont la valeur est estimée à près de 60 milliards de Francs CFA […]

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