COMMUNIQUÉ DE PRESSE N 0018/25/TI-Niger à l’occasion de la Journée internationale de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme
10 Décembre 1948-10 Décembre 2025 la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme a 77 ans. Mais la situation des Droits de l’Homme a évolué dans plusieurs pays en dents de scie.
La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) adoptée le 10 décembre 1948 au Palais de Chaillot à Paris affirme dans son préambule :
- Considérant que la connaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde,
- Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’Homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme,
- Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droits pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression,
De plus, « les droits de l’homme ne sont pas abstraits. Ils protègent et garantissent à chaque personne, où qu’elle se trouve, de vivre dans la dignité et le respect. » Les droits de l’homme sont universels et indivisibles, car il y’a une seule race au monde: la race humaine. Ils appartiennent à tous les hommes de la terre et non à quelques individus ou une partie du monde. En effet, « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité » article premier de la DUDH. Cependant, pendant 77 ans de l’existence de la DUDH, la situation de ces droits a évolué en dents de scie selon les régions, les Etats et les périodes. Il est essentiel que ces droits soient rigoureusement respectés. En effet, jusqu’aujourd’hui de graves violations sont le fait d’abord des Etats et ensuite des groupes armés non étatiques et des individus versés dans la criminalité transnationale organisée pour ne citer que ceux-là.
Au plan international, des Etats ou des communautés se livrent des guerres incompréhensibles au mépris du droit international et de la dignité humaine.
Dans les Etats, des rébellions, des actes de terrorisme ou du grand banditisme ainsi que les conflits intercommunautaires constituent des occasions de violations massives des droits de l’humain. Le droit à la vie, à l’intégrité physique, le droit d’aller et venir, le droit à la nourriture, la liberté d’opinion, d’expression et de culte, à l’éducation, à la santé, le droit au travail pour ne citer que ceux-là sont quotidiennement violés.
Le Niger n’échappe pas à cette situation. En effet, depuis le 26 juillet 2023 suite au coup d’Etat militaire, les droits de l’homme sont méconnus par les nouvelles autorités malgré leur déclaration du 28 juillet 2023 réaffirmant l’engagement à respecter tous les accords et engagements internationaux.
- Le droit à la vie et à l’intégrité physique : plusieurs civiles ont perdu la vie sur l’étendue du territoire national du fait de l’incapacité de l’Etat à protéger les citoyens dans les villages et dans les marchés, notamment dans les régions de Tillabéri, le sud de Maradi, le sud et le nord de Dosso, le sud et le nord de Tahoua et la région de Diffa. En outre, plus de mille (1000) soldats sont morts au front par manque de moyens adéquats pour affronter des hordes de terroristes sans foi ni loi du JNIM, de l’EIGS, de Boko haram et de Lakourawa. De même on compte plusieurs blessés ou même handicapés à vie suite aux différentes attaques terroristes. A cela il faut ajouter les bombardements par drones des marchés (par la faute de l’Etat) faisant plusieurs morts comme à Injar dans le département de Filingué. Or la population civile doit être absolument protégée.
- Les détentions arbitraires et les séquestrations des hommes politiques (opposants). C’est la situation du président Mohamed Bazoum, de sa femme Hadiza et de son enfant Salem libéré par la suite sur négociation Togolaise ; le cas du Ministre de l’intérieur Adamou Hama Souley gardé en prison malgré une décision de justice et récemment le Ministre Ibrahim Yacouba emprisonné arbitrairement. D’autre Ministres ont été emprisonnés et libérés. A ceux-là, il faut ajouter ceux qui ont perdu leur nationalité d’origine en violation de la Convention des Nations Unies sur la Réduction des cas d’apatridie qui dispose à son article 8 : « les Etats contractants ne priveront de leur nationalité aucun individu si cette privation doit le rendre apatride » et les citoyens qui sont contraints à l’exil alors que l’article 9 de la DUDH dispose « Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ni exilé ». Aussi le Pacte International relatif aux Droits Civiles et Politiques (PICP) dispose-t-il à son article9 : « Tout individu a droit à la liberté et à la sécurité de sa personne. Nul ne peut faire l’objet d’une arrestation ou d’une détention arbitraire. Nul ne peut être privé de sa liberté, si ce n’est pour des motifs, et conformément à la procédure prévus par la loi ». La pratique de la torture est de retour dans notre pays. En effet, ils sont nombreux les citoyens nigériens à être enlevés et détenus dans des lieux secrets. Tel que: l’ancien ministre Moustapha Barké, et le Conseiller Moussa Moumouni enlevé depuis son lieu d’exil. « Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants » art 7 du PICP.
- Art 19 « Nul ne peut être inquiété pour ses opinions. Toute personne a droit à la liberté d’expression, a droit à la liberté de rechercher, de recevoir, et de répandre des informations et idées de toute espèce sans considération de frontière, sous forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix » La détention arbitraire du défenseur des droits humains et journaliste Moussa Tchangari qui a douze (12) mois en prison est la preuve des violations graves des droits humains.
D’autres journalistes, au nombre de huit (8) croupissent en prison juste pour avoir fait leur travail de journalistes ce sont : Ali Soumana (Directeur de Publication du journal le Courrier), Ibro Chaibou (journaliste de la Radio et Télévision Sarounia RTS), Issoufou Sériba (journal les Echos du Niger), Oumarou Kané (Fondateur du journal le Hérisson), Moussa Moumouni Ahamdou (animateur de radio), Hassan Zada Bagué (Directeur de Publication Toubal Info), Hamid Mahamoud et Mahaman Sani( journal Aïr Info).
D’autres journalistes ont été emprisonnés auparavant et libérés, et plusieurs autres sont en liberté provisoire.
Les libertés syndicales sont mises à rude épreuve, tout comme les libertés d’association. A ce titre on peut citer les syndicats de la douane, du secteur de la justice, de l’exclusion de la magistrature le Secrétaire général du SAMAN et de son adjoint. Or,art 8 Pacte International relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (DESC) dispose : « Les Etats partie au présent pacte s’engagent à assurer le droit qu’à toute personne de former avec d’autres syndicats et de s’affilier au syndicat de son choix.+». La dissolution de tous les partis politiques participe de la violation grave de la liberté d’association consacrée par les instruments juridiques internationaux relatifs aux droits de l’Homme.
La liberté d’aller et venir et le droit à la résidence sont aujourd’hui gravement violés. En effet, les terroristes interdisent les déplacements dans certaines zones du Niger (Tamou et Kokorou, Dargol par exemple) et provoquent par ailleurs l’évacuation forcée des populations de leurs villages de résidence vers la ville faisant ainsi des milliers de réfugiés internes.
L’appauvrissement des populations par le vol systématique de leurs bétails et l’imposition de la zakat (impôt) sur les animaux et ensuite sur les personnes, l’interdiction par les terroristes aux populations paysannes de semer et de cultiver pour leur subsistance est une atteinte grave aux droits à l’alimentation et au droit à un niveau de vie suffisant. le Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels dispose en son article 11 : « les Etats partie à ce pacte reconnaissent le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour elle-même et sa famille, y compris une nourriture, un vêtement et un logement suffisant ainsi qu’une amélioration constante de ses conditions d’existence, les Etats prendront des mesures appropriées pour assurer la réalisation de ces droits. ». De nombreuses écoles et formations sanitaires ont été fermés et plusieurs enseignants ont été enlevés ou tués par les groupes armés non étatiques. Ainsi le droit à l’éducation de plusieurs milliers d’enfants et le droit à la santé des citoyens sont totalement compromis. De nombreux nigériens ont perdu leurs emplois notamment dans les secteurs des ONG et de la sécurité privée.
Il faut noter que l’incapacité de l’Etat a protégée les droits des populations civiles à favoriser toutes ces violations et affecte aussi le droit international humanitaire. Dans plusieurs localités (Injar, tiawa par exemple) les populations civiles sont prises entre deux feux engendrant de nombreux morts. De plus, les réfugiés internes sont dans la précarité parce que leur prise en charge n’est pas assurée. L’Etat ne fournit pas d’effort et les ONG appropriées ont été chassées sous les fallacieux soupçons de financement de terrorisme. De nombreuses milices ont été créés ou tolérées et qui attisent les conflits intercommunautaires.
En conclusion, il faut retenir que le respect des droits humains est en recul dans plusieurs pays du monde et d’Afrique et particulièrement au Sahel, soumis à la pression des groupes terroristes auxquelles les armées nationales font difficilement face. Cette crise favorise de graves violations massives des droits des populations civiles.
Enfin, la récurrence des coups d’Etat militaires crée l’instabilité politique avec ses corollaires d’emprisonnement, d’enlèvement, de disparition forcée, de pratiques de la torture, et de confiscations des droits et des libertés. Et malgré leur déclaration d’intention, les régimes militaires violent les engagements internationaux, régionaux et relatifs aux droits de l’Homme. La seule et unique solution à toutes ses violations de droits et libertés est la libération de tous les détenus, le retour des personnes exilées, la réhabilitation des personnes rendues apatrides et la restauration d’une démocratie véritablement inclusive en vue de la construction d’un état de droit.
Fait à Niamey le 10 décembre 2025
Pour le CEN/ANLC/TI
Le Président
Maman Wada




