COMMUNIQUÉ DE PRESSE N 009/25/TI-Niger
Transparency International Niger (TI-N) :
– Désapprouve, condamne, et rejette la création des milices.
– Appelle au renforcement des capacités des Forces de Défense et Sécurité pour garantir la sécurité des Nigériens et de leurs biens sur toute l’étendue du territoire national.
Transparency International Niger (TI-Niger) a appris par note d’information N°0013 du Comité Exécutif de l’Union des Etudiants Nigériens à l’Université de Niamey (UENUN), la mobilisation et l’inscription des Etudiants pour la Défense Volontaire de la Patrie initiée par le Mouvement M62. Cette initiative n’est pas isolée et rappelle l’histoire sombre, macabre et douloureuse créée par ces genres de brigades, volontaires ou autres milices armées de par l’histoire et les pays.
De cette liste de brigades armées, volontaires armées ou autres milices armées on retient, pour le Niger la Triste Jeunesse Pionnière durant la Première République qui a commis des exactions contre les populations civiles. D’autres milices des années 1960 notamment les « Tontons Macoutes » milice paramilitaire en Haïti inspirées de la milice Fascistes ayant évoluée comme des Volontaires de la Sécurité Nationale (VSN), ils ont régné en maître dans la répression, l’interdiction des partis d’opposition, le règne de l’arbitraire et l’autoritarisme. Et tout récemment l’apparition des Gangs armés qui continuent à semer la terreur et la désolation dans ce pays. Les Jeunes Patriotes en Côte d’Ivoire durant les années 2000 ayant organisé des manifestations violentes des exactions contre les populations civiles, ce qui a créé un climat d’insécurité et d’instabilité dans ce pays. Les Interahamwe milice Rwandaise qui a joué un rôle clé dans le génocide rwandais de1994. En outre, d’autres groupes violents ont retenu l’attention, ce sont les Comités de Défense de la Révolution (CDR) au Burkina Faso qui ont fini par dévier et discréditer la noble révolution Burkinabe. Les Partisans de Inkatha impliqués dans les conflits violents contre les membres d’African National Congress (ANC) de Nelson Mandela pendant la période de transition vers la démocratie en Afrique du Sud. Les Tigres Tamouls (LTTE) au Seri Lanka ayant entrainé des dizaines de milliers de morts et de déplacés massifs des populations. Les Contras au Nicaragua groupe armé ayant entrainé des milliers de morts dans les années 1980. Les Janjaweed et les Forces de Soutien Rapide (FSR) deux milices apparentées ont précipité le Soudan dans la guerre civile. Les milices Anti-Balaka en République Centrafricaine ayant commis des massacres contre les musulmans et les groupes minoritaires. Tous ces différents groupes ont été impliqués dans des conflits violents et des violations graves des droits de l’homme entrainant des souffrances et des pertes en vies humaines sous prétexte de garantir la sécurité. Certains de ces groupes ont été poursuivis en justice (Tribunal Pénal International pour le Rwanda TPIR, le Tribunal Pénal International).
Par ailleurs, l’UENUN, structure morale estudiantine, très respectée et ayant jouée un rôle historique dans l’avènement de la démocratie, l’Etat de droit et les libertés au Niger ne doit pas s’engager dans ce projet de création de milices chose contraire à sa moralité et à sa mission. Au contraire elle doit continuer à protéger la mémoire de tous ses martyrs dont ceux du 09 février 1990.
Au regard de ce qui précède, TI Niger :
– Condamne sans réserve cette initiative dénommée « GARKUWA KASSA » ou « Défense Volontaire de la Patrie » qui n’est rien d’autre qu’un enrôlement des jeunes pour la violence illégitime et le chaos ;
– Dit que cette initiative constitue une violation flagrante du monopole de l’État en matière de défense nationale et représente un danger grave pour la sécurité humaine et la stabilité du Niger ;
– Interpelle les pouvoirs publics sur le risque d’exacerbation des tensions sociales et politiques, notamment dans un contexte déjà fragile marqué par des défis sécuritaires énormes ;
– Rappelle qu’une telle initiative « d’enrôlement des étudiants » créera un précédent grave car l’histoire a montré que de telles initiatives, même bien intentionnées ont dégénéré le plus souvent en violences incontrôlables, et en instrumentalisation de certains acteurs sociaux pour réprimer des opposants ou attiser des conflits communautaires, le risque de lynchages, d’arrestations arbitraires, de règlements de comptes, affrontements entre ces groupes d’autodéfense et les forces de sécurité régulières, le musèlement de la presse, l’imposition de la pensée unique et à terme l’effondrement de l’Etat et la dislocation de la société.
Face à cette menace, Transparency International Niger :
1. Tient à alerter l’opinion nationale et internationale sur l’initiative « GARKUWA KASSA » au regard de l’amère leçon des milices estudiantines et de jeunesse à travers le monde comme évoquée plus haut.
2. Demande aux autorités nigériennes d’interdire immédiatement cette initiative illégale et de rappeler que seules les forces régulières dotées des armes conventionnelles ont le droit d’assurer la sécurité nationale ;
3. Met en garde d’autres structures à manifester ces genres d’initiative qui sont de nature à empirer le climat sécuritaire et social.
4. Exhorte les structures de la société civile, les syndicats et les médias à sensibiliser les jeunes sur les risques de telles dérives.
5. Demande à l’Etat de renforcer les capacités des Forces de Défense et de Sécurité (assurer efficacement les conditions de vies, augmenter les effectifs, encadrer techniquement, les doter en moyens logistiques adaptés etc) car l’Etat seul dispose du monopole de la violence légitime.
En tout état de cause, TI-Niger rappelle que la défense de la patrie ne peut être privatisée ou personnalisée. Seul un État de droit, transparent et responsable, peut garantir efficacement et durablement la sécurité de tous. Par conséquent, nous appelons à la vigilance collective pour éviter que le Niger ne sombre dans le chaos des groupes armés parallèles car faut-il le rappeler le monopole de la violence légitime appartient à l’Etat et lui seul pour maintenir l’ordre public, prévenir l’anarchie, protéger les droits humains sans abuser de son pouvoir en s’abstenant de violer les droits des citoyens pour garder cette légitimité.
Le Niger n’a pas besoin de milices, mais d’institutions républicaines fortes.
Ensemble, préservons la paix tout en promouvant la démocratie, l’Etat de droit, les droits humains et l’unité nationale.
Transparency International Niger, pour un Niger intègre, prospère et juste.
Fait à Niamey, le 31 juillet 2025
Pour le CEN/TI-N le Président
Maman WADA
