Niger : Un cadre de gouvernance en mutation entre engagements et défis persistants
Introduction
Le Niger, État fragile et confronté à des défis sécurités et économiques majeurs, fait face à des faiblesses structurelles en matière de gouvernance et de lutte contre la corruption. La prise de pouvoir par les militaires en 2023 a profondément modifié le paysage institutionnel et anticorruption. Alors que les nouvelles autorités affirment leur volonté d’améliorer la gouvernance, les indicateurs internationaux pointent une dégradation préoccupante. Cet article s’appuie sur un récent rapport du Fonds monétaire international (FMI) pour faire le point sur les évolutions récentes et les priorités d’action.
Contexte : la gouvernance, un enjeu macroéconomique critique
La corruption et les défaillances de gouvernance ont un impact direct sur la croissance économique, la stabilité financière et l’investissement privé. Elles réduisent la transparence budgétaire, affaiblissent l’efficacité des dépenses publiques et découragent les investisseurs. Au Niger, malgré certains progrès enregistrés ces dernières années, la corruption reste perçue comme omniprésente, notamment au sein de l’administration fiscale, de la police et de l’appareil judiciaire.
Un cadre anticorruption fragilisé
Le cadre juridique de lutte contre la corruption, auparavant ancré dans la Constitution de 2010, est aujourd’hui incertain depuis sa suspension. Si les nouvelles autorités ont créé la Commission de lutte contre les délits économiques, financiers et fiscaux (CoLDEFF), celle-ci semble se concentrer essentiellement sur la récupération des avoirs illicites, sans une approche globale incluant la prévention. Son manque de transparence dans la nomination de ses membres et son indépendance financière limitée soulèvent des interrogations.
Transparence fiscale : des avancées entravées
Des efforts notables avaient été réalisés en matière de transparence budgétaire, avec la publication régulière de documents clés tels que les lois de finances et les budgets citoyens. Cependant, la dissolution de la Cour des Comptes et des comités d’arbitrage des marchés publics constitue un recul important. Par ailleurs, les dépenses de défense et de sécurité échappent de plus en plus aux règles de passation des marchés publics, ce qui accroît les risques de détournement.
État de droit : une dégradation alarmante
Le Niger enregistre une baisse continue dans les classements internationaux relatifs à l’État de droit, en particulier sur les questions de limitation des pouvoirs gouvernementaux et d’ouverture de l’action publique. L’indépendance de la justice est remise en cause, et le retour à l’ordre constitutionnel reste une condition essentielle pour toute amélioration durable.
Des engagements internationaux sous pression
Bien que le Niger ait réintégré l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) en 2020, il fait aujourd’hui l’objet d’une surveillance renforcée en raison des retards dans la publication des rapports et des incertitudes liées à la transition. Le pays reste également sous monitoring du Groupe d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) en raison de lacunes persistantes dans la lutte contre le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent.
Conclusion : urgence d’une action coordonnée et transparente
Malgré les déclarations d’intention, la trajectoire actuelle de la gouvernance au Niger est préoccupante. La prochaine évaluation diagnostique de gouvernance (GDA) menée avec le soutien du FMI pourrait offrir une base solide pour des réformes urgentes et crédibles. Il est essentiel que la société civile, les partenaires techniques et les institutions indépendantes soient associés à ces efforts pour garantir transparence et redevabilité.
Appel à l’action
Transparency International Niger appelle les autorités à :
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Restaurer l’ordre constitutionnel et garantir l’indépendance des institutions de contrôle ;
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Renforcer les mécanismes de prévention de la corruption et la transparence dans la gestion des finances publiques ;
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Publier et mettre en œuvre les recommandations issues de l’évaluation diagnostique de gouvernance (GDA) du FMI ;
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Assurer une participation inclusive de la société civile dans le dialogue sur les réformes.
Restons vigilants et engagés pour une gouvernance intègre et inclusive au Niger.
